King Kong Théorie : Continuons l'émancipation
Par Le Renégat le samedi, 23 décembre 2006, 02:17 - Reading - Lien permanent
Pour clarifier les choses tout de suite,
on va expliquer que Virginie Despentes est une écorchée vive comme ceux de la
chanson de Noir Désir, que son écriture est loin d'être dans l'emphase ou le
consensus et que ses mots sont ceux de sa vie, du rentre dedans et tant pis si
ça choque. C'est peut être pas le meilleur moyen de faire passer son message
vous me direz. Peut être, mais essayons de l'écouter.
Virginie Despentes a quelque chose à dire sur notre société et elle en parle dans King Kong théorie, sous la forme d'un essai. Elle réfléchit à ce que c'est qu'être une femme, maintenant, en France à partir de son vécu et de ses lectures, sans tomber dans la haine de l'homme, dans l'aigreur, caricature facile du féminisme radical.
Elle ne nie pas les avancées féministes qui ont existaient depuis 68, l'école mixte, la pilule, le sexe quand je veux (ou presque), l'indépendance financière, la possibilité d'écrire sous un prénom de fille... « la révolution féministe a bien eu lieu » dit-elle. Mais elle fait le constat qu'il y a encore beaucoup à faire pour que l'indépendance de la femme ne soit plus considérée et qu'elle même ne la considère plus comme « néfaste ». Le domaine politique, la ou il faut dominer l'autre, a été complètement délaissé. Mais elle dénonce aussi le sacro-saint « instinct maternelle » qui permet aux femmes de garder tout pouvoir sur l'éducation alors que « le regard du père sur l'enfant constitue une révolution en puissance ». Elle pose les inégalités homme-femme comme une des armes du système capitaliste pour soumettre et infantilise toute la population.
L'apport de son vécu intervient de façon prépondérante au moment ou elle aborde le viol, la prostitution et le porno. A peu près au même moment que Clémentine Autain, elle explique l'après, le comment elle réussit à vivre avec le viol. « J'ai fait du stop, j'ai été violée, j'ai refait du stop. ». Dévaloriser pour réussir à vivre, à ressortir. Et la, c'est à ce moment que le lecteur masculin se le prend en pleine poire. Une fille en France, pour vivre librement doit vivre avec le risque de se faire violer. On le sait, on nous le dit mais on ne l'intègre pas, enfin pas moi, pas avant ce livre en tout cas. Et Virginie Despentes continue sur le viol mais de façon plus politique, en l'intégrant à sa réflexion sur les rapports homme-femme de façon fort intéressante.
Puis elle parle de la prostitution qu'elle a exercée dans les année 90. Et la, je pense qu'elle fait l'erreur en prenant le prétexte que certaines femmes mariées sont tout autant liées à un homme par l'argent pour condamner ceux qui la combattent. Cet argument quand même a le mérite de faire réfléchir sur les rapports dans le couple. Son récit permet quand même de se faire une idée plus réaliste de la prostitution que les clichés que nous avons. Les filles qui se prostituent ne le vivent pas forcement de manière victimaire. Ses réflexions chamboulent et remettent en cause certaines convictions, sans pour autant obliger à adhérer à tout ce que Despentes écrit.
De la même façon, Virginie Despentes remet en cause les réflexions communément admises sur le porno. Rejeter d'un bloc le cinéma X sans remettre en cause les autres représentations humiliantes des femmes qu'on nous présente couramment est simplement hypocrite.
Despentes finit son livre en affirmant que les hommes sont autant enfermés que les femmes dans une image qu'on leur impose et elle appelle enfin de compte à l'émancipation masculine.
Ne nous trompons pas. En écrivant King Kong Théorie, Despentes n'a jamais voulu que tout le monde adhère à ses thèses mais elle relance une réflexion sur les relations homme-femme qui a été plus ou moins abandonnée par les générations post-68.
Ce livre et un certain "Non" ferme et décidé m'ont remis dans des rails que je préfère. C'est dur de se remettre en cause mais ce que ça fait du bien quand ça passe.
P.S. : King Kong théorie était le livre dont je parlais dans le billet "en cours..."