Voila, Jean Marie Colombani n'a pas obtenu le nombre de voix de journalistes
nécessaire, c'est à dire 60%. La société des journalistes du Monde opposera
donc son véto à sa réélection à la "présidence du directoire du Monde" (comme
ce titre est pompeux ! ). Mais JMC ne l'entend pas de cette oreille. Et il
conteste. Il conteste le système démocratique du Monde.
Il conteste que, dans un journal, les journalistes aient un poids supérieur
à celui des autres salariés pour décider du directeur. Et il est épaulé par un
des actionnaires du Monde, Claude Perdriel (proprio du Nouvel Obs). Il aurait
pu contester le système avant au lieu de dire aux journalistes qu'il était l'un
des leur et qu'après lui, plus jamais un ancien journaliste ne sera à sa place.
Il aurait pu leur dire que pour lui la voix des journalistes dans un journal
était moins importante que celle des actionnaires.
On me rétorquera que ce n'est pas la réalité du moment. Que maintenant les
actionnaires ont le droit de vie ou de mort sur ce qu'ils possèdent. Bah non,
dans ce journal, "Le Monde", la réalité est que 60% des journalistes doivent
être d'accord avec la nomination du Président pour que celle-ci puisse avoir
lieu. Et si les actionnaires font du chantage, ce sera eux qui auront la
responsabilité des problèmes. Ils n'étaient pas obligés d'acheter des actions
du Monde. Si ils sont entrés au Monde, c'est qu'ils acceptaient les règles
(contrairement à ceux qui ont été mis au monde ;) ).
Et ces 60% ne sont pas là par hasard. Les statuts ont été créés (puis
modifiés) pour que le Monde soit avant tout un journal indépendant (et pas
juste une entreprise de presse). Même si c'est sous l'impulsion du Général
qu'il existe, Hubert Beuve-Méry (le premier directeur) n'a accepté de le
diriger qu'à condition d'être vraiment indépendant financièrement et
politiquement. Colombani, remettant en question ces 60%, remet en cause en même temps
l'indépendance (staturaire) du journal.